Autant vous l’avouer, une question me revient par vagues depuis le démarrage de Papilles Créatives, celle de la pertinence de l’appellation « cuisine thérapie ». L’occasion de la sortie imminente de mon livre sur le sujet est l’occasion de faire le point sur les raisons de mon choix.

Pourquoi parler de cuisine thérapie ?

J’ai bien conscience que le terme peut intriguer, interpeller, intimider, dérouter voire repousser…Parce que le terme « thérapie » est connoté et peut faire peur, j’ai longuement hésité à utiliser cette terminologie. La raison en est aussi que les ateliers Papilles Créatives sont également (voire avant tout), aux dires des participants, des bulles de douceur, des instants pour se retrouver, dans un environnement ludique et convivial, des occasions de réhabiliter le plaisir simple et décomplexé de cuisiner. Je suis d’ailleurs toujours surprise des liens qui se créent tout naturellement entre des personnes qui ne se connaissaient pas quelques heures plus tôt ! Magie de la cuisine qui agit comme « un accélérateur de rencontres » comme l’a si joliment dit une participante !

Les ateliers Papilles Créatives permettent de prendre du temps pour soi, de s’offrir un moment de bien-être, de se retrouver… et souvent aussi (sans que cela soit une finalité ou un objectif) d’aller à la rencontre de soi. C’est à force d’être le témoin de ces rencontres impromptues, inattendues ou inespérées (et en tout cas toujours calibrées sur ce que le participant souhaitait révéler de lui) que j’ai ressenti progressivement le besoin d’assumer cette appellation. D’autant que cette expression de « cuisine thérapie » n’est finalement rien d’autre qu’un vibrant hommage à la démarche de l’Art-thérapie qui m’est si chère.

La cuisine thérapie, inspirée de l’Art-thérapie

L’Art-thérapie est une méthode d’accompagnement qui utilise le processus de création artistique pour permettre l’expression de soi. La relation entre l’aidé (celui qui crée) et l’aidant (l’animateur de l’atelier) est basée sur la production artistique, et ne passe pas obligatoirement par la verbalisation.

Les médiateurs artistiques utilisés sont variables (peinture, danse, argile, écriture…) et ont en commun de proposer un détour par le jeu et la créativité, de favoriser un lâcher-prise ludique pour faciliter l’exploration de ressentis personnels et l’expression, souvent non verbale, d’émotions ou de vécus difficiles. Comme le dit cette excellente synthèse de l’Art-thérapie tirée des Inrocks : « Contrairement aux thérapies verbales où le patient exprime ses émotions de vive voix, en art-thérapie, il a la possibilité de s’exprimer à travers une ou plusieurs modalités artistiques qui lui sont proposées (…). La création sert de cadre à la guérison. L’activité artistique agit comme un détour, elle favorise notamment la baisse des défenses – mutisme, déni – que le patient pourrait mettre en place dans une thérapie verbale ».

Vous le savez maintenant, le résultat importe peu en Art-thérapie : il n’est pas nécessaire de savoir dessiner, peindre ou cuisiner pour se lancer. Ce qui compte, c’est ce qui est ressenti pendant le processus créatif et ce que ce processus et la production (l’œuvre créée) disent ou révèlent de soi.

Sachant que, et c’est là un point essentiel dans le courant Art-thérapie dans lequel j’ai été formée (à savoir le courant humaniste, qui manie les modèles Gestalt et Analyse transactionnelle) :

  • C’est au participant et à lui-seul de donner du sens à sa création : l’art-thérapeute se contente d’accueillir ce qui émerge, dans une posture de non-jugement et de non-interprétation, et d’accompagner le processus de symbolisation et de verbalisation s’il y a lieu. « Il ne s’agit pas de placarder un diagnostic en observant les productions du patient, ni de juger des qualités plastiques de cette dernière ».
  • L’attention est portée à ce qu’il passe dans l’ici et maintenant : les questions qui relèvent du « pourquoi ? » et du passé ne sont pas explorées en Art-thérapie (c’est d’ailleurs notamment ce qui distingue cette pratique de la psychanalyse par exemple), ce qui compte, c’est le « comment ? » : comment s’est déroulé le processus créatif et comment la personne se sent en observant sa production, par exemple.

Priorité à l’autonomie de la personne aidée

L’art-thérapeute veillera donc toujours à ne pas interférer dans le processus créatif et/ou dans ce que le participant aura à en dire, partant du principe que l’aidé a toutes les ressources en lui pour s’autodéterminer et grandir. Cette posture qui reconnait le libre-arbitre, l’autonomie et la responsabilité du patient permet également d’éviter toute forme de dépendance. Comme le dit si justement l’article, « c’est aux patients, à travers leur réflexion avec le thérapeute sur leur production, de trouver une des solutions possibles à leurs problèmes. La relation thérapeute-patient est déterminée avant tout par la production artistique ».

Et une art-thérapeute d’ajouter : « Les patients attendent beaucoup de nous les thérapeutes. Lorsqu’il y a une production au milieu, les patients attendent moins du thérapeute. En fait, ils accouchent eux-mêmes, métaphoriquement, de leur propre production ». La production invite en quelque sorte le participant à dérouler son processus de symbolisation, à trouver du sens à sa création et pourquoi pas à imaginer des premières solutions à ses difficultés. Il est bien sûr accompagné dans cette démarche par l’art-thérapeute qui chemine à ses côtés.

Et c’est précisément ce qui me plaît dans cette démarche, le fait que l’art-thérapeute (dans le courant dans lequel je m’inscris en tout cas) ne sait pas pour l’autre, pas plus qu’il n’a de projet pour lui. Humilité et lâcher prise le caractérisent, il n’apporte pas de réponses toutes faites. En tant qu’animatrice ou facilitatrice, je ne propose donc pas d’interprétation ou de bilan à l’issue de l’atelier, et j’entends que cela puisse être frustrant pour certains. Les notes que je prends sont là uniquement pour mémoriser mes observations, accompagner mes reformulations et me permettre d’être au plus juste de la parole de l’aidé. Cette clarification me semble importante pour ne pas créer d’attentes impossibles à satisfaire.

Plus le temps passe, plus je me rends compte que je tiens à cette appellation de cuisine thérapie. Pour moi, elle ne permet pas tant de « se soigner » par la création que de se découvrir, d’aller à la rencontre de soi. Quitte à poursuivre ces découvertes, si le besoin s’en fait sentir, avec un psychothérapeute ou un psychanalyste (l’Art-thérapie est au demeurant souvent utilisée en complément  d’une autre approche de développement de soi). Je fais donc le choix de continuer à parler d’ateliers de cuisine thérapie sur un format de 3 heures. Et parce que ce terme reste ce qu’il est et que les agendas ne sont pas extensibles, je vous propose depuis quelques semaines un autre format d’atelier de cuisine créative, sur 1,5 heure au tarif de 50 €. L’occasion de s’initier en douceur et sans crainte aux bienfaits du développement personnel par le biais de la cuisine ?